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Mourir d'un rhume

Mourir d'un rhume

Octobre 2003. Alors qu'on soupçonne depuis déjà plusieurs année que le rhinovirus (HRV) pourrait être souvent responsable de quelque chose de beaucoup plus grave qu'un simple nez qui coule, en particulier chez les seniors, une étude menée par le CDC d'Atlanta va enfoncer le clou. Il s'agissait de déterminer à quoi étaient dues deux épidémies sévères d'infections respiratoires survenues dans deux maisons de repos en Pennsylvanie : dans le second centre, par exemple, 77/124 des résidents avaient été touchés, la moitié des malades avaient présenté des signes radiologiques de pneumonie et il y avait finalement eu 6 décès. Et là, surprise : un HRV était certainement impliqué dans l'histoire, puisqu'il pouvait être mis en évidence dans le tiers des cas et dans la moitié des pneumonies. Conclusion attendue des auteurs, les rhinovirus pourraient être une cause largement sous estimée d'infections respiratoires dans les structures de long séjour, avec pneumonies et peut-être décès...

Septembre 2010. Quelques années plus tard rien ne semble avoir changé, on pourrait même dire que tout a empiré et que le HRV apparaît plus dangereux que jamais pour les seniors, bien plus en tout cas que le virus grippal (au moins le H1N1). L'étude proposée par Jean Longtin et coll, au Québec, en est une nouvelle fois particulièrement démonstrative. Utilisant toutes les données d'un réseau de surveillance très actif, les auteurs ont décortiqué toutes les épidémies respiratoires survenues entre juillet et décembre 2009 dans des structures de long séjour pour seniors de la province d'Ontario, Canada. Durant cette période, 297 épisodes ont été rapportés, pour lesquels 987 prélèvements respiratoires de 265 établissements ont pu être testés (une moyenne, donc, de 3,7 prélèvements/ épidémie). Cinquante-neuf pour cent des agents pathogènes qui ont pu être identifiés étaient des rhinovirus (en fait ENT/ HRV pour motif technique, mais la différenciation sur échantillon représentatif montrait 100 % d'HRV), le H1N1v et le virus parainfluenzae 1 ne représentant respectivement que 7 et 6 % des isolats. Des décès pouvaient être potentiellement attribués au HRV dans 4 structures (1, 7, 3 et 2 victimes), 6 cas sur 7 cliniquement bien renseignés montrant une pneumonie/ infection respiratoire, les patients intéressés souffrant par ailleurs de comorbidité diverses.

Il semble donc bien que, chez les plus vieux et au moment même ou on ne parlait que du H1N1, le rhinovirus continuait, de son côté, de faire des ravages. Comme le disent les Québécois, tout en s'entourant de nombreuses précautions sémantiques et scientifiques, les données commencent maintenant à s'accumuler pour montrer que les HRV sont capables de provoquer des épidémies sévères grevées de cas fatals. On commence à mieux connaître l'ennemi (les types viraux A et C seraient particulièrement dangereux), il reste à en tirer enfin les conclusions qui s'imposent, en particulier sur la nécessité de monter les nouvelles études épidémiologiques, cliniques et thérapeutiques qui s'imposent aujourd'hui.

Longtin J et coll. Rhinovirus outbreaks in long-term care facilities, Ontario, Canada. Emerging Infectious Diseases 2010; 9: 1463-1465

 

 

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