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Du staph sur le stétho

Du staph sur le stétho

Les mains, on ne l'apprendra à personne, sont de redoutables vecteurs d'agents infectieux responsables d'infections nosocomiales contribuant à la morbidité et à la mortalité des patients tout en augmentant la durée et le coût des séjours hospitaliers. Les stéthoscopes également, qui entrent en contact avec la peau des malades presque aussi souvent que les mains des soignants et ont été accusés de transporter des staphylocoques résistant à la méticilline ou des Clostridium difficile, quand ce ne sont pas des bactéries à Gram négatif multi résistantes ou des champignons. On le sait, mais en a-t-on réellement conscience et en tire-t-on réellement les conséquences qui s'imposent dans notre pratique quotidienne ?

Pour répondre à cette double question, qui, avouons-le, a quelques airs de marronnier, A Mitchell et coll. ont interrogé les instruments des collègues, ainsi d'ailleurs que les collègues eux-mêmes. Leur enquête a dévoilé que 3 des 50 mis en examen, soit 6 %, n'avaient aucune idée de l'intérêt qu'il y avait à nettoyer son stéthoscope. Pour les 47 autres, 9 (91 %) ne déclaraient effectuer de nettoyages qu'occasionnellement, les derniers les réalisant " après chaque patient" ou " pas régulièrement", avec une moyenne hebdomadaire. Seulement un des 50 stéthoscopes s'avérait stérile. Six (12 %) hébergeaient des bactéries potentiellement pathogènes dont des staphylocoques sensibles à la méticilline, des bacilles pyocyaniques ou des coliformes ; les autres s'avéraient porteurs de représentants des flores cutanées à la moyenne de 19 cfu, bactéries théoriquement assez anodines mais que les auteurs prennent soin de rappeler dangereuses pour certains patients en réanimation et/ou immunodéprimés. Les stéthoscopes nettoyés selon des procédures agréées, avec des solutions alcooliques adéquates, prouvaient enfin, dans les (rares) cas correctement documentés, avoir été effectivement débarrassés de leurs bactéries pathogènes.

Un marronnier, donc, mais que rien ne semble devoir empêcher de refleurir chaque année. Car ce qui est remarquable, dans cette histoire de stéthoscope, c'est qu'elle n'étonnera personne : à peu près tout le monde (94 % des cliniciens pour Mitchell) semble conscient que les stéthoscopes sont des nids à microbes, même si peu (moins de un sur deux) connaissent réellement les bonnes pratiques en la matière, volontiers enfouies au fond d'un tiroir du service dont on ne les sort pas, et les appliquent avec la régularité nécessaire. En 2003, un article dans l'American Journal of Infection Control rapportait qu'une klebsielle qui avait été responsable quelques temps auparavant de plusieurs infections invasives dans un service de réanimation néo-natale pouvait encore être mise en évidence sur le stéthoscope d'un soignant. Une histoire qui rappelle cette enquête, rapportée l'année dernière sur ce site, montrant que quelques semaines seulement après l'épidémie de grippe à H1N1 les visiteurs de malades hospitalisés ignoraient largement les lavabos qu'on leur proposait à l'entrée de l'hôpital. Convaincre en répétant, encore et toujours, reste sans doute la seule façon d'abattre un marronnier.

Mitchell A et coll. Stethoscope or "Staphoscope" ? Infection by auscultation. Journal of Hospital Infection 2010 Aug 6 [Epub ahead of print]

 

 

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